7 novembre 2001 à 19h
Friche la Belle de Mai
Les mots sont importants
Qui parle mal pense mal ; et qui pense mal vit mal
Comme nous l’avons vu lors du dernier jeu de piste, la "danse contemporaine" lancée bien vite en France, sans fondements plus solides que quelques succès, ponctuels et individuels, s’est ensuite rigidifiée et formatée en s’institutionnalisant.
Depuis quelques temps, un nouveau courant très applaudi dans la danse française redécouvre les années soixante, sous l’angle de la remise en cause du spectacle (à la manière des happenings, performances, etc..)
Mais, comment se présente cette remise en cause ? Sous la forme qu’affectionne la culture française, celle du spectacle : budgets de productions et contraintes qui y sont liées - disposition scénique, éclairage, costumes, communication...
De plus, elle est copieusement théorisée.
Et cette théorisation, à qui s’adresse-t-elle ?
Au public qui, bien obligé de voir ce qu’on lui offre, en reste souvent à préférer le "spectacle" ? À la profession, à qui - sauf exception - on ne demande de briller ni par culture chorégraphique ni par vision artistique ? À qui alors ?
Lorsqu’elle s’exprime ainsi dans la "communication" (articles ou dossiers de presse), d’où vient si souvent l’impression gênante de verbiage de spécialistes, de jargons empruntés à d’autres pensées, bref de griserie verbale et finalement d’enfermement ?
Est-ce que, mue par une impressionnante force centripète, la danse contemporaine ne se figerait pas dans un petit cercle fermé, tentant de sécréter pour soi ses propres analyses, justifications, conceptualisations ?
Est-ce qu’elle ne subirait pas en cela le contrecoup d’un travers français - la " reconnaissance" (images, pouvoir, moyens passent par l’institution), qui ne reconnait qu’en étouffant, sclérosant, édulcorant... ce qui ne l’est pas déjà jusqu’à la moëlle ? La double contrainte de résistance pour survivre et de nécessité de reconnaissance institutionnelle pousserait-elle à ce type de discours intellectuel, bourré de références (plus ou moins juste et adaptées) ?
Si, au lieu de profusion verbale, il y avait clarification des propos, recherche et consolidation des racines, dans l’ouverture du monde extérieur. Si l’Histoire prenait sa place, révélant repères et filiations, proposant une intelligence des contextes. Si les mots reprenaient leur sens, pour être maniés avec justesse au lieu d’être enfilées dans la logorrhée et/ou la fuite en avant.
On se prend alors à rêver d’une danse forte, indépendante, réfléchie et vivante, qui ne serait plus symptôme d’un malaise ou la "danseuse" de la culture française.
Le 7 novembre le jeu de piste pourrait tenter de mieux cerner ce constat. En effet Xavier Le Roy participant (bon gré, mal gré) au courant cité plus haut, explicite dans une conférence illustrée son parcours, de la biologie moléculaire à la danse. On peut se demander pourquoi l’intriguant feuilleton de ce chorégraphe sur la perception visuelle se double ici d’une intervention corrigeant la perception que les autres peuvent avoir de lui ? Ou bien exprime-t-il ainsi la nécessité d’entrer dans un système plus vaste, conceptuel, plus impalpable ? Et pourquoi ?